October 17th, 2011 → 5:34 pm by

Une Toile, Guillaume Dufilho [Némo Tral]


Il y a des lieux que l’on a trop longtemps oublié de regarder.

Ils sont parfois trop proches et on ne les voie plus… Rendus invisibles par le quotidien, ils
sont cachés des regards, protégés par leur solitude. Que ce soit en sous-sol, au sol, ou à raz de
ciel, ces lieux sont en général frappés d’interdit, et y accéder n’est jamais simple. Seuls
quelques promeneurs aventureux les visitent encore, le plus souvent à la faveur de la nuit.

Outre le fait de témoigner d’une époque révolue ou tout simplement d’un paysage, ces lieux
sont également figés entre un passé qui est à peine un souvenir, et un futur qui ne leur a pas
encore été inventé. Ils seront bientôt aseptisés pour réintégrer le grand ensemble qu’est la
Ville, mais en attendant, le Temps s’écoule sans eux.

Personnellement c’est ce qui m’attire en ces lieux : la sensation d’évoluer dans une bulle du
Temps. Le futur sera bientôt là, inéluctable, mais pour l’instant c’est le champ des possibles
qui s’exprime. C’est un cocon d’imaginaire. Ce que l’endroit a été n’est plus qu’un souvenir
indistinct, que l’on peut réinventer à loisir, et ce qu’il sera n’est encore que ce qu’il pourrait
être.

Finalement, cet imaginaire c’est le mien, ou celui de n’importe quel visiteur. Comme si l’on
appréciait que ce que l’on a emmené avec soi. Reste l’accroche, le support, sans coin
l’araignée ne tisse pas de toile, l’imaginaire a besoin d’un terreau pour se développer.
Au fur et à mesure de nos pérégrinations, c’est comme si tout ces imaginaires, ces champs de
possibles que nous apportons se superposaient comme autant de traces invisibles et
éphémères. Reliant ces lieux perdus, une toile de potentiels se tisse.

Ce sont ces traces, que j’ai voulu symboliser par ces installations tentaculaires. Au fur et à
mesure elles se superposent, s’additionnent, s’effacent… Elles sont éphémères, fragiles,
intangibles comme des rêves. La métaphore de la toile d’araignée était intéressante en ceci
qu’elle est fragile mais inéluctable. En silence l’araignée tisse sa toile, et si au matin elle est
détruite, le soir même une autre sera déjà apparue plus loin.

Comme un grain de pollen que l’on transporte sans le savoir. Emmenée par les pas des
promeneurs de la nuit, cette Toile est la trace éphémère qu’ils laissent derrière eux. Protégée
par son isolement, elle croît en silence, l’ombre et la solitude sont ses fertilisants.
Insolite et fragile, elle aura tôt fait de s’effacer.

En voici le souvenir, éphémère lui aussi. Le souvenir d’une trace, qui va rapidement s’effacer,
et se diluer dans le quotidien…

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Je suis diplômé de l’ESA depuis 2008 et je vis et travaille à Montréal depuis 2 ans. Durant ces 2 années je me suis progressivement rapproché du milieu de l’illustration et de l’image. En plus de mon travail toujours lié au bâti et à l’espace, consistant à les présenter et les mettre en image; je travaille également sur différents projets de romans graphiques (pour en savoir plus sur mon travail, voici mon site). A côté de mon activité professionnelle, je suis devenu un visiteur assidu des ruines industrielles et autres friches urbaines dont toute ville issue de la révolution industrielle est pourvue. Au sein d’associations ou à mon initiative, je participe à divers projets pour valoriser ou simplement interagir avec ces lieux.

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